13 octobre 2008...12:23

Chronique d’un voyage imprévu

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Récit de dix jours de voyage. Delhi-Varanasi-Bodgaya-Kolkota-Darjeeling… Le tout en images.

Tout commence par des heures et des heures de train. Sur la carte, imaginez que ces “petites” distances représentent au moins une nuit de voyage, soit douze heures! Le dernier trajet (Sikkim-Delhi), c’est 36 heures de train, soit deux nuits et une journée. Il existe des couchettes (climatisées ou non) et des places “assises”. Hier soir, j’ai passé une partie de la nuit à essayer de dormir par terre entre la poubelle et les âcres odeurs d’urine. Mais très vite, un monsieur m’a laissé sa couchette (vide).

Prendre le train, c’est toute une aventure, comprendre les horaires, les réservations et les codes des chefs de gare une épopée, mais on en ressort grandi, sale et bien nourri.

Toute une économie s’organise dans les wagons. Des vendeurs de thé, de magazines périmées à moitié prix, de plateaux repas chauds, de lentilles salées et des mendiants ponctuent le trajet avec moult cris. “Chai, chai, chai”, c’est le vendeur de thé au lait sucré qui se sent obligé de crier devant chaque passager que c’est encore l’heure du thé! Armé d’une théière géante, le vendeur de thé à 5 roupies réchauffe les voyageurs…

Au cours de ce voyage, j’ai rencontré des personnages, des voyageurs. Toujours une bonne surprise. Avec les voyageurs, je me sens libre. Si nos chemins se recroisent, tant mieux, sinon, chacun suit sa route. Une bonne adresse, une lingette ou un taxi à partager, les baroudeurs de tous âges et de tous pays se croisent, le guide Lonely sous le bras. Dans les lieux touristiques, les guest-houses, les trains, c’est toujours une bonne surprise. Encore plus quand on rencontre ceux que j’appelle des “illuminés”. Ils ont des projets étranges ou des itinéraires loufoques, des discours virulents ou absurdes. Mais ces personnages secondaires enrichissent notre voyage.

Yair, étudiant israélien, voyage en Inde pour 2 mois.
Yair, étudiant israélien, voyage en Inde pour 2 mois.
Mano, un coréen de 78 ans installé à Sydney. Il voyage seul, avec son sourire et sa jeunesse.
Mano, un coréen de 78 ans installé à Sydney. Il voyage seul, avec son sourire et sa jeunesse.
Patrice, un Français venu ouvrir une pizzeria à Darjeeling! Il se lance aujourd'hui dans la charcuterie. Pour goûter sa calzone, demandez "Hot Pizza Place", à Darjeeling!
Patrice, un Français venu ouvrir une pizzeria à Darjeeling! Il se lance aujourd’hui dans la charcuterie.
Parti du Pays de Galles à 17 ans, Lyndsey a parcouru 35 pays avant de s'installer dans un village du Sikkim. Ce clown offre des ballons aux enfants et leur enseigne "le bonheur". Il parle nepalais et à Darjeeling, tout le monde le connait
Lyndsey a parcouru 35 pays avant de s’installer au Sikkim. Il parle népalais, offre des ballons aux enfants et leur enseigne un bonheur contagieux.

Dans les montagnes du Nord-Est de l’Inde, tout semble différent. On respire le grand air et le silence. On apprécie un accueil discret et chaleureux, des sourires respectueux et une joie de vivre sereine.

En ce mois de festival, les habitants de Darjeeling se parent de leur plus beaux habits. Sur le front, hommes, femmes et enfants arborent un mélange de riz et de couleur rose…

Une famille de Darjeeling
Une famille de Darjeeling
Une femme de Darjeeling
Une femme de Darjeeling

A Calcutta, nous allons rencontrer les “Missionnaires de la Charité”. Mère Teresa a passé la moitié de sa vie dans cette ville à donner de l’amour aux plus démunis. Chaque matin, des dizaines de bénévoles se retrouvent dans les centres d’accueil de Mère Teresa pour nourrir, écouter et soigner les pauvres. A 6 heures du matin, c’est l’heure de la messe pour les soeurs de Calcutta et les volontaires étrangers. Ils ne sont que 40 au mois d’octobre à partager un petit déjeuner brioché avant de commencer la journée. En été, ils sont parfois 400!

Aujourd’hui, nous allons au centre des personnes âgées, au milieu des bidonvilles. Là, c’est le choc. Une cinquantaine de grand-mères rasées attendent sur des chaises, le regard dans le vide, leurs maigres membres fatigués tendus vers les bénévoles. Sur un lit, une femme attend des soins. Son visage est couvert de bandages. Elle souffre. Sa bouche est tordue de douleur quand la Soeur lui enlève ses pansements pour désinfecter ses plaies. Sa belle-famille lui a jeté de l’eau chaude sur le visage. On se sent bien inutile devant une femme au visage sans peau. Bien maladroit à communiquer avec une grand mère en bengali.

Des Coréens, un prêtre allemand, une infirmière canadienne, des étudiantes américaines… Tous sont là pour plusieurs semaines. En une matinée, je n’ai eu que le temps de comprendre que toucher un pauvre ne rend pas pauvre, parler à un affamé non plus. Il n’est pas évident de faire un bilan de cette expérience. Étape suivante…

Le plus important pour voyager, c’est d’être bien entouré et bien équipé. Ma camarade de voyage fut parfaite en tout. Notre équipement, un peu moins. Nous avons atteint les sommets de Darjeeling après 3 heures de Jeep…en sandales et tee-shirt.

Mes sandales et des chaussettes offertes par un clown. Quoi le pantalon?
Mes sandales et des chaussettes offertes par un clown. Quoi le pantalon?

Nous avons donc acheté des pull et des gilets sur le marché. Des gilets, oui, des gilets!

Rien ne vaut un gilet en peau de bouc pour crapahuter dans les champs de thé
Rien ne vaut un gilet en peau de bouc pour crapahuter dans les champs de thé.
Plantations de thé à Darjeeling
Plantations de thé à Darjeeling

Parmi les tracas quotidiens du touriste, il y a le “What country Mam? ” Sous une forme plus ou moins joviale, l’autochtone s’enquiert de votre pays d’origine. Répondant machinalement “India”, la conversation ne fait que commencer. S’ensuit un “come please see my shop, no buying, just looking. Come Mam.” A Varanasi, dans un grand moment de faiblesse, on se laisse entrainer dans un magasin de châles dont nous n’avons ni envie ni besoin.

Noyées sous les châles de Varanasi... Avec quelques roupies en poche
Noyées sous les châles de Varanasi… Avec quelques roupies en poche.

Ma chance légendaire me fait régulièrement croiser le chemin de policiers véreux et indélicats. Dans les gares, ils ne vous demandent pas ou vous allez, mais votre âge et votre prénom. Non mais! Et puis ils vous montrent leur carte du bout des doigts. Je tremble de peur devant les forces de l’ordre et leur pouvoir de me faire rater mon train. Fausse carte ou pas, ce policier en civil m’arrache un sourire. Je lui explique avec un air niais apparemment efficace que c’est le dixième à me demander mon prénom depuis ce matin et que j’ai droit à un peu d’intimité…

Scène de bain dans le Gange aux aurores, le long des ghats de Varanasi

Scène de bain dans le Gange aux aurores, le long des ghats de Varanasi

Je rentre avec des images plein la tête, une crasse tenace sur le corps et des envie de nouveaux départs.

Un commentaire

  • merci ma petite fleur pour toute ta générosité…on peut te suivre et imaginer quelle belle aventure tu vis…je pense tous les jours à toi…Kat qui t’M


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