Les boîtes de nuits de New Delhi accueillent à bras ouverts les expatriés occidentaux, même en tongs et en short. Pour les Indiens, par contre, mieux vaut être bien habillé, accompagné de filles – blanches si possible -, et connaître le patron. Car pour les autres, c’est porte close ! Mais depuis peu, les noctambules indiens réagissent.
Écoutez le témoignage de deux étudiants français adeptes des “expat nights:
Le favoritisme des gérants d’établissements vis-à-vis des expats, ces étrangers à la peau blanche travaillant en Inde, est démesuré. “J’ai vu un groupe de dix expats en shorts et tongs entrer dans une boîte dix minutes avant la fermeture”, témoigne Annan, un étudiant de 22 ans.
À l’entrée de l’Urban Pind, on adoube les “peaux claires” d’un double tampon sur le poignet. C’est le sésame pour boire à volonté et accéder à la terrasse avec ventilateurs et musique house/électro. Mais pourquoi priver les Indiens de terrasse et d’accès à l’open bar ? “Parce que les étrangers ont besoin de s’amuser entre eux et en plein air”, se défend le manager de l’Urban, Tahir Hussain. “Les Indiens ne savent pas boire, ils se conduisent mal avec les filles, tandis que les étrangers, eux, savent s’y prendre”. Il suffit de s’approcher du bar de la terrasse autour duquel s’agglutinent des expats assoiffés armés de “bracelets open bar” oranges, verts ou roses pour voir qu’eux aussi peuvent boire sans modération…
Dans ce même établissement, en juin 2007, une photographe originaire de Nagaland (Nord-Est de l’Inde) s’est vue répondre qu’elle n’avait pas “le bon profil” pour entrer. Humiliée, elle a aussitôt engagé des poursuites contre l’établissement. Les médias indiens en ont beaucoup parlé. Mais aujourd’hui, les responsables feignent d’ignorer l’incident.
“La constitution indienne interdit la discrimination fondée sur la race, la caste, le sexe et le lieu de naissance d’un individu”, explique Maître Enatoli Sema, l’avocat qui a défendu la photographe de Nagaland, “mais la discrimination dans les bars et les clubs n’obéit à aucune règle, donc attaquer en justice est souvent délicat”. Finalement, l’Urban Pind n’a pas eu à payer d’amende. Mais les Indiens n’acceptent plus les cas de discrimination raciale.
Sur Facebook, le groupe Boycott Urban Pind rassemble un millier de personnes révoltées par les pratiques de cet établissement. “J’ai rejoint ce groupe parce que nous, les Indiens du Nord-Est, avons souvent l’impression d’être des citoyens de seconde catégorie, explique Chubala, 24 ans. Et c’est encore plus flagrant à l’entrée des boîtes de nuits“.