Première observation: le Mass Communication Research Center est un endroit sérieux. Le M.A Convergent Journalism est une formation professionnalisante. Pour Ramesh Menon, qui nous enseigne le reportage “sciences et santé” (je n’ai pas dit “SPA et bien être”), les étudiants n’ont pas le droit à l’erreur: “one mistake in your paper, and I start looking at you as trainees”. Dharmendra enseigne le Media Management à Jamia. Il nous explique que son cours est indispensable et que ses anciens étudiants l’appellent chaque semaine pour le lui dire. Pourquoi ne sommes-nous que 5 en cours ce matin, et non 10 comme prévu? Dynamique mais sobre, le professeur explique: “You can not be sick today, when you are sick, you go to office or report. You don’t stay at home, this is serious”.Au-delà d’un absentéisme matinal crapuleux (ou non?), les questions de santé en Inde sont décisives et pourtant méconnues.
Ramesh Menon est un petit bonhomme trapu, incisif et espiègle. Il essaye de nous expliquer la nature des relations journalistes/ médecins. Pour avoir une information fiable, qui ne fasse pas la promotion de l’industrie pharmaceutique qui paye les vacances du médecin en question, il faut ruser, faire parler, écouter… Bref, se méfier!
Je me rends compte dès le lendemain de cette réalité. Travaillant sur un article sur les effets réels des crèmes blanchissantes qui encombrent les salles de bains des jeunes-filles, je contacte un dermatologue “réputé”, et lui demande s’il prescrit ces crèmes. Il me répond: “Yes, for people who have “hyper-pigmentary disorder“. Je lui ai demandé de m’expliquer.. J’attends toujours!
Le cours de “Reporting health and society” nécessite des connaissances précises sur les enjeux de santé publique en Inde. Je suis étonnée de voir qu’aucun des étudiants ne sait précisément comment s’attrape la Tuberculose ou se soigne la Lèpre. Et puis je me rends compte que moi non plus je n’en sais rien! Saviez-vous que la lèpre n’était plus un problème de santé publique mondiale (moins d’1 cas pour 100 000 habitants) sauf dans 14 pays d’Afrique et d’Asie (dont l’Inde)? A votre avis, combien de cas recensés en France?

Indienne atteinte de la lèpre. Souvent rejetée par leurs familles pour des raisons sanitaires et sociales, les lépreux se retrouvent à la rue et mendient.
Depuis que vous lisez cet article, 2 personnes sont mortes de la TB en Inde, soit une chaque minute. “TB is now spreading among the rich, and it is a good thing because people will know it is not only the rickshawalla or the sweeping lady that can be affected with TB”, explique Mr. Menon.
Pour faire parler de la TB, il nous suggère de présenter le problème à notre rédacteur en chef en termes économiques. “If you go and tell him “Sir, I want to write a story on TB, it kills people every minute“, he will say no but if you tell him “Sir, TB cost 13 000 crore roupies to the indian economy every year“, you will get a front page story”.
Le point commun entre la tuberculose et la lèpre? Il existe un traitement, qui doit être rigoureusement suivi pendant plusieurs mois. Mais après quelques prises, le patient se sent mieux et arrête. Les germes sont donc devenus plus forts et presque impossibles à éliminer de l’organisme. La tuberculose devient donc Multidrug resistant TB (MRTB).
Pour finir, leçons d’hygiène élémentaire. Le professeur nous rappelle que se laver les mains permet d’éviter le développement des bactéries. “Look at this keyboard for example, it is dirtier than your toilets“. Pour en savoir plus, lire cet article de 20minutes.fr. Si vous avez diné face à cet écran, n’oubliez pas de vous laver les mains!
Un commentaire
21 août 2008 à 9:18
Ils ont l’air bien ces cours, plus concrets que la masturbation intellectuelle de certains des cours théoriques qu’on a eu l’an dernier.
Vous avez parlé de ça : http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/08/20/49-bebes-morts-au-cours-de-tests-cliniques-a-new-delhi_1085803_3216.html#ens_id=1079890
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