25 janvier 2009

Blog à part, c’est l’heure du départ.

Après six mois à New Delhi, retour en France. Merci de votre fidélité.

Je continue à lire, manger et voir indien… Ca va me passer.

Pour relire les articles de ce blog par ordre chronologique…commencez par la fin!

A bientôt pour de nouvelles aventures…

2 janvier 2009

Les petites fourmis des rues indiennes

Dans les rues indiennes, on trouve de tout. Des enfants qui mendient sans culottes, des vaches indétronables, des tas d’ordures haut comme des maisons, mais aussi ce que fait le charme et l’atout de l’économie de proximité: les métiers de la rue.

Pendant plusieurs semaines, le site aujourdhuilinde.com a réalisé un florilège des métiers de rue sous forme de portraits à New Delhi, avec photos et sons si familiers pour les voyageurs et habitants de l’Inde.

Retrouvez le barbier-coiffeur et sa lame tranchante,

le nettoyeur d’oreilles et sa pique en inox,

le repasseur et son fer à charbon,

le marchand de fruits et sa balance,

le recycleur et son cri stridant,

le cordonnier et ses semelles colorées,

le couturier et sa machine à pédale,

le cireur de chaussures et sa brosse-à-dents.

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2 janvier 2009

Consommer du tabac sans feu ni fumée: le mystère du pan

Non, cette petite feuille de bétel fourrée d’épices multicolores n’est pas un ravioli. Le “pan”, du nom hindi de la feuille de bétél, se déguste à la fin du repas en guise de digestif. Ce fidèle compagnon trompe les ventres affamés dans de multiples romans et récit indiens, comme dans La Cité de la joie, de Dominique Lapierre par exemple.

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Juste avant d’être roulée/pliée, la feuille de pan agrémentée ressemble à ca.

Qu’y a-t-il dedans?

De la noix d’arec (astringent, stimulant), du catéchu (tannin aux propriétés astringentes), de la cardamome, des clous de girofle, de la poudre de coco… Chaque pan est unique. Il est ensuite plié en triangle pour être englouti d’une seule bouchée. Le pan se laisse fondre dans la bouche pour mieux en apprécier les saveurs. Attention aux petites machoires…


Qui consomme du pan?

De 5 roupies (moins de 10 centimes d’euros) à 20 roupies pour les épices les plus recherchées, c’est un met consommé par toutes les classes de la société : du conducteur de rickshaw qui crache nonchalamment le jus rouge et épais de son reste de pan au notable qui en commande pour la fin d’un repas de famille. Anand, un étudiant indien de 22 ans, s’en offre un petit autour de 10 roupies de temps en temps.

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Engloutir ce petit roulé feuillu sans se baver dessus est un art que peu maitrises aussi bien qu’Anan.

Le pan est-il dangereux?

Le sweet pan, sucré et sans tabac, est inoffensif. Mais il existe aussi un pan avec un mélange de tabac plus ou moins concentré. La consommation excessive de ce pan là est d’autant plus dangereuse que les Indiens gardent le tabac mélangé à la chaux coincé entre la joue et la gencive. Cette forme de tabac chiqué entraine des maladies spécifiques au sous-continent.

Selon le Dr Handa, exerçant à New Delhi, “ce pan rend dépendant à 100%. Il peut entraîner des cancers de la bouche et des fibroses sous-muqueuse buccales”, une atrophie de la muqueuse de la joue qui perd son élasticité : l’ouverture de la bouche, la mastication et la déglutition deviennent difficile. C’est fait peur et c’est fait pour…

Retrouvez cet article sur aujourdhuilinde.com, le site d’actualité francophone sur l’Inde.

2 janvier 2009

What happens when there is no Doctor?

For a let’s say a “western” public, what happens is this small village in Haryana, half an hour from New Delhi is unbelievable. Mangar is home to approximately eight-thousand people most of whom have never been to a proper doctor. Of course, there is one. Well, officially. “He just touches your belly and gives you anything”, explains a volunteer from the Mangar school.

Ila Lumba, founder of the Mangar School had to call for a doctor to come and check the villagers. Today, Decembre 7th, the Med Camp is eventually taking place in the school.

Listen to this radio story and discover what happens when there is no doctor…
A radio story by Marie Naudascher, in Haryana

More picture from this Med Camp…the villagers help to create a suitable medical room with.. A table

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3 décembre 2008

Après le carnage de Mumbai, l’Inde se recueille

Les images des attentats qui ont secoué la capitale économique indienne le 26 novembre dernier témoignent de la violence sanglante de l’événement. Depuis une semaine, en Inde, les journaux et les citoyens ne parlent que de ça. Les médias étrangers ont couvert sans relâche cette actualité qui prend une échelle planétaire. Maintenant, ce sont les analyses qui occupent les médias: ce bain de sang aurait pu être évité. Les mesures de sécurité étaient, comme souvent dans ce pays d’un milliard d’âmes, ridicules, compte tenu des informations que détenaient les autorités indiennes et les services de renseignements américains.

Face à un terrorisme toujours plus présent dans le sous-continent, les citoyens indiens de toutes confessions se recueillent. Ce soir, c’est la communauté de Jamia Millia, une université publique de New Delhi à majorité musulmane qui rend hommage aux victimes des attentats.

Reportage radio (en anglais) de Marie Naudascher, en direct de Jamia Millia University

21 novembre 2008

Un bollywood sur les gays… Mais ça reste une blague

Dostana, le nouveau blockbuster bollywoodien, avec John Abraham, Abhishek Bachchan et Priyanka Chopra se penche sur les stéréotypes de l’homosexualité. Pour ne pas risquer d’offenser un public indien frileux vis à vis de ses gays, le film se passe à Miami.

Pour obtenir un appartement, deux hommes se font passer pour un couple gay pour amadouer la propriétaire…qui est aussi la vilaine tante de la superbe Neha. Mais voilà, les deux compères tombent en pâmoison devant leur colocataire.

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Leur amitié se nourrit de soirées télé, de bières, de marches sur la plage. Si tourner le film à Miami n’a pas grand sens, les scènes torrides de Mr Muscle Abraham et Miss Monde 2000 Priyanka Chopra ont besoin du glamour des plages de Floride

Le quiproquos tourne au drame quand la mama indienne de Bachchnan reçoit par erreur une réponse du service d’immigration américain pour une demande de résidence pour un couple homosexuel…

Pour être crédible auprès de Neha et de sa tante le faux couple gay surjoue les clichés homos. Festival de doigts en l’air, de mimiques et de voix perchée. Pour le public indien, Bachchnan est une star. Il joue souvent des rôles de policier, d’homme rangé, sérieux et viril. La salle est donc hilare quand il “joue” au gay. Imaginez la star française de votre choix dans ce rôle.

Le tout en dansant, chantant, avec des saris, des paillettes et des chorégaphies explosives.

Vous pouvez aussi voir Dostana à Paris depuis la semaine dernière.

21 novembre 2008

Népalais qui veut… Récit de 6 jours de voyage dont 4 dans les transports

48 heures dans les trains “Express” indiens

Pourquoi prendre l’avion quand on peut prendre le train? Parce que le train, c’est l’Inde éternelle, l’Inde des couleurs, des sons et des odeurs. Disons, surtout des odeurs…

Voici l’itinéraire cartographique d’une semaine de voyage express.
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Pour mieux vous rendre compte, en 6 jours, ça donne:

1er jour: 26 heures de train Delhi-Raxaul (frontière indo-népalaise)

2e jour: 10 heures de Bus Birgunj (frontière népalo-indienne) – Kathmandou

3e jour: Kathmandou (capitale du Népal)

4e jour: 10 heures de bus Kathmandou- Birgunj + une nuit dans le train

5e jour: Halte à Bénarès ( pour une après-midi) + une nuit dans le train

6e jour: arrivée matinale à New Delhi

Ne pas prendre le train, c’est risquer de:

- Ne pas avoir la chance de partager sa couchette avec des jambes inconnues

- Ne pas entendre un moustachu ronfler

-Ne pas voyager à côté d’un policier attaché par une corde à un prisonnier à pull sans manche

-Ne pas visiter les cuisines du train et faire cuire soi même son chapati

-Ne pas se faire offrir des pommes, des beignets et des sucreries par un jeune indien qui a senti que j’avais faim

- Ne pas supporter les voyageurs qui écoutent de la musique en haut parleur sur leur portable

- Ne pas dormir bercé par les cris des vendeurs de thé qui crient 10 fois par wagon qu’ils vendent du thé

– écoutez les vendeurs de pani bottle (eau), chai (thé), café et journaux 

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Cool Raxaul

Raxaul sert de passage vers le Népal. C’est tout. En préparant consciencieusement ce voyage, les indiens que j’ai rencontrés m’avaient prévenue: “à cause des inondations au Bihar, il y a des hordes de pauvres qui vont vous attaquer, passez plutôt par là ou par là”. J’ai compris ce que pensaient les non Biharis de cet Etat quand un étudiant de ma classe s’est présenté: “Bonjour, je viens du Bihar”, et que la classe entière s’est bidonnée. Ca doit correspondre à nos clichés français sur nos amis belges.

A Raxaul, il n’y a rien à voir (j’ai vérifié). Les moustiques sont féroces, il fait nuit (oui), et froid. Mais tout le charme de cette ville, c’est sa position stratégique vers la frontière népalaise.

Passer la frontière en calèche

Michel Foucher, l’auteur de Fronts et Frontières, qui a bercé la génération de khâgneux 2005, n’a qu’à bien se tenir. La frontière, nous, on la traverse en calèche, à 5 heures du matin, sous la brume. Pour rejoindre Birgunj, la ville jumelle de Rawaul côté népalais, il faut:p1040034

- Offrir un thé au douanier indien en attendant que le soleil de lève (il refuse de tamponner nos passeports avant)

- Casser les prix du backchich. De 400 roupies on passe glorieusement à 200. Le coquin n’a pas voulu me donner de facture.

- Atteindre le poste de frontière népalais et copiner avec les douaniers. “C’est qui lui sur la photo? Ah, votre roi? Hum, very nice”.

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- Payer son VISA, en expliquant qu’on ne reste que 48 heures au Népal, puis regarder un clip Bollywood sur le portable du douanier et sortir le déodorant Shahrukh Khan de Julien pour leur montrer que nous aussi on est à la mode!p1040043

Kathmandou, la ville rouge

Après 9 heures de bus, entourés de 30 Népalais, un poulet dans un sac en jute et des vendeurs de fruits, arrivée à Kathmandou, de nuit. Une fois rejoint le quartier touristique des trekkers internationaux, une bonne surprise. Il y a des couvertures dans les guest houses, de l’eau chaude (oui, trois jours de voyage suppose une crasse persistante), et un masala tea pour nous accueillir.p1040052

Le bon côté de la partie touristique d’une ville, c’est que tout est fait pour nous faire sentir qu’on est dans le pays du Mont Everest! On trouve des DVD, du papier toilettes, des écharpes en poils de yak… et surtout de la viande rouge, qu’on appelle communément du boeuf. J’en frissonne de bonheur! Imaginez des momos au boeuf au lieu du chou/ carottes du veg momo. (Vous ne connaissez pas les momos? Cours de rattrapage ici)

A Kathmandou, on trouve de la bière de riz népalaise, de la bière tibétaine (faite de grains d’orge arrosés d’eau bouillante), mais aussi des temples, des singes…

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Pour finir ce voyage épique, un retour sur le toit du bus s’impose. N’ayant pas de place dedans, autant voyager dessus. Pour humer l’extrême pollution de la route Kathmandou-Birgunj, avec ses bus crachant des fumées noires à chaque accélération, c’est mieux! Mais longer pendant plusieurs heures un fleuve au milieu des montagnes, ça se mérite…

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A retenir sur le Népal:

- C’est le seul pays au monde à avoir un drapeau non rectangulaire

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- Les femmes portent aussi le sari, avec un petit gilet de laine

- Leur monnaie est la roupie népalaise

- Penser à prévoir quelques jours pour aller trekker dans les montagnes de l’Himalaya

12 novembre 2008

Essayer de travailler en Inde

Si l’Inde regorge de sujets journalistiques, tout n’est pas rose au pays du sari:

- Faire un interview dans la rue génère un attroupement proportionnel au nombre de questions posées.
ex: j’interviewe ce matin le cordonnier de ma rue pour un portrait. Résultat: 30 mâles non anglophones s’agglutinent autour de mon traducteur.

- Pour obtenir un chèque après une contribution à un magasine, Tehelka pour ne pas le citer, il faut
1. Un compte en banque indien (ce qui suppose d’y déposer 10 000 roupies, soit 150 euros).
2. Attendre 6 mois.
3. Ne pas oublier de remercier quand on reçoit les 750 roupies (8 euros) pour un feuillet.
4. Demander à recevoir “as soon as possible” le second cheque de l’article publié il y a 5 mois.
5. Attendre que l’article envoyé la semaine dernière soit publié pour réclamer son chèque.

- Avoir une carte de visite, sinon, ça fait pas sérieux.

- Ne pas croire tous ceux qui vous proposent sérieusement de travailler pour eux.
ex: Un metteur en scène à moustache qui veut que je joue le rôle d’une fitness freak indienne, que je traduise la pièce en français (alors qu’il ne l’a même pas écrite), et qui finit par l’envoyer le script dans un anglais tout relatif… J’ai dit “non”.

- Essayer de comprendre pourquoi mes 25 camarades de classes ont déjà trouvé un job pour la fin de leurs études dans 6 mois… Et pas moi!

- Toujours avoir sur soi son micro, son carnet, son appareil photo et de la batterie. Les sujets vous tombent dessus sans prévenir.

- Parler un piètre anglais mais écrire parfaitement.

11 novembre 2008

Obama chante Bollywood

Comme l’univers tout entier, l’Inde a salué l’élection du 44e président des États-Unis.

Mais le kitsch a repris le dessus. Regardez plutôt, Barack Obama en chanteur Bollywood.

10 novembre 2008

La Traviata se joue à New Delhi

Une journée à suivre les répétitions de la soprano franco-indienne Aude Priya, une soirée à l’opéra pour écouter la Traviata, une journée de montage à essayer de ne pas écorcher l’oeuvre de Verdi…

Pourquoi diantre monter des opéras en Inde? La réponse avec Aude Priya et Franck Asparte

Pour lire l’interview d’Aude Priya sur le site aujourdhuilinde. com

10 novembre 2008

Fashion! Un film, une morale?

En trois heures, le film Fashion du réalisateur Madhur Bhandarkaron a le temps de sonder en profondeur la complexité de l’univers de la mode à la sauce indienne. La très belle Priyanka Chopra, Miss Monde 2000 donne du galbe à l’ascension d’un mannequin dans la fosse des défilés de mode en Inde. Décidée, entourée, elle atteint rapidement le sommet de la gloire avant une décadence tourbillonnante. Mais comme le film est long, elle re-revient et tout finit bien.

Dans une Inde puritaine, je me suis abreuvée de clichés masala:

- Les danses ont été remplacées par des défilés de mode orchestrés par une musique techno. Les costumes sont superbes, les déhanchés efficaces et les mannequins bien fermes.

-En pleine ascension, Meghna vit le rêve à Mumbai: elle a même une publicité géante avec sa photo devant son loft!

-Et puis il faut de l’amour. Des tétons, non! Alors on suggère. Ca donne des images furtives, des lèvres ouvertes, des yeux fermés qui bougent quand même, des épaules dénudées et puis une caméra qui tourne, qui tourne… On aime l’ellipse qui s’ensuit. Hop, ils se rhabillent, souriants comme des innocents!

-Dans sa décadence, elle s’offre une cuite en boite de nuit, se frotte à un homme de couleur. Elle se réveille, la tête à l’envers, le soutien-gorge à terre, et là, c’est le drame… Il y a un noir dans son lit! Les plans et les effets musicaux montrent bien qu’elle a touché le fond.

-Mais comme l’héroïne est gentille, elle vient au secours de celle qui en consomme. Ravagée, Shonali, l’ancienne rivale de Meghna se pique et snife. Elle devient laide tandis que Meghna capte toute la lumière. Après être devenue elle aussi aussi garce que célèbre, Meghna prend le vilain petit mannequin sous son aile.

- Et puis il y a la directrice de l’agence, toujours moins charmante que ses ouailles. Le cheveux court, filasse, la silhouette sèche et le discours castrateur. Celle qui attire ou qui vire les noms des castings!

-J’allais oublier le gay. Vous savez, cet individu qui s’adonne à des pratiques contre-nature mais qui a toujours sa place dans les films sur la mode ou le sexe. Toujours vêtu d’un gilet improbable ou d’un pantalon à carreau, il est LE meilleur amie de la femme active. Vilain et malheureux en amour ou d’une beauté surréelle, le gay ne vit que pour s’accoupler et aider l’héroïne dans sa quête. Carrie ou Meghna, même combat.

- Pour finir, on gratte la surface pour comprendre la morale. Les apparences ne font pas tout? La drogue, l’argent et le sexe c’est pas bien? L’avarice rend triste? Les mannequins sont des stratèges dotés de neurones?

Voyez plutôt…

6 novembre 2008

L’Inde se livre

Voici un petit tour d’horizon de mes lectures indiennes…

Loin de Chandigarh, Tarun Tejpal, Buchet Chastel, 2005, 660 pages, 25 euros.

Loin de Chandigarh, Tarun Tejpal, Buchet Chastel, 2005, 660 pages, 25 euros.

Mon premier roman indien est aussi celui de Tarun Tejpal, le rédacteur en chef de Tehelka. Ce “pavérotique” se lit comme une balade amoureuse au coeur de l’Inde du Nord à la fin des années 1990. Le narrateur est journaliste, en dehors des passages érotiques, cet extrait m’a bien plu:

J’étais un reporter qui ne cherchais pas un emploi de reporter. C’était très inhabituel. A l’époque, dans les années 1980, devenir reporter était l’unique objectif de tout jeune journaliste. Avec le titre venait la signature, les voyages, les contacts, le glamour, la mobilité, l’argent. Moi, je recherchais un poste de rédacteur. Ou d’humble secrétaire de rédaction, je ne voulais aucune responsabilité. (…) Je ne voulais plus écrire de papiers d’ambiance (…) je ne voulais plus inventer des noms de conducteurs de rickshaw à qui je prêtais des déclarations imaginaires. (…) Je voulais être au bas de l’échelle, uniquement responsable des points et des virgules (…) Je voulais être le fantassin de la rédaction.

Puisque vous insistez:

Lorsque je m’étendis, elle ouvrit sa chair humide et m’en nourrit tout entier. Le musc de son amour submergea mes sens. (…) Puis, ayant trouvé son noyau brulant, je le délaissai et vagabondai sur son corps, pour revenir ensuite en cercles concentriques chercher ma pitance. (…) Enfin au coeur de la nuit, je compris que Fizz effectuait sa dernière ascension. Je trébuchai derrière elle (…) jusqu’à ce que mon sang déborde, que mes poumons éclatent, que mes genoux fléchissent, que mon échine se dissolve. Je la perdis de vue et explosais dans le néant”.

Plant India, Mira Kamdar, Actes Sud, 2008, 320 pages, 23 euros, traduit par André Lewin.

Plant India, Mira Kamdar, Actes Sud, 2008, 320 pages, 23 euros, traduit par André Lewin.

Planet India, l’ascension turbulente d’un géant démocratique est l’exploration par Mira Kamdar, journaliste indienne francophone, de l’Inde en mouvement. Cinéma bollywood, étudiants qui rêvent d’Amérique et de technologies, call centers, villes grouillantes, conditions sanitaires, Mira Kamdar rencontre puissants et faibles. Pour comprendre le rôle de l’Inde dans le monde, son immigration, ses aspirations, l’auteur décrypte l’inconscient national avec son regard extérieur. Mira Kamdar est née aux Etats-Unis d’un père indien et d’un mère danoise, mais elle rendait souvent visite à ses grands-parents dans le Gujarat.

A lire comme un roman, mais un crayon à la main pour ne pas laisser passer les nombreuses références et chiffres sur lesquels s’appuie cette réflexion sans concession sur un pays qui n’a pas encore trouvé les moyens d’associer les plus démunis à sa richesse galopante.

Les mille romans de Bénarès, Catherine Clément, éditions Noesis, 2000, 160 pages, 20 euros.

Les mille romans de Bénarès, Catherine Clément, éditions Noesis, 2000, 160 pages, 20 euros.

Avant de découvrir Bénarès et d’affronter les “Mam, come and see burning bodies”, j’ai bien fait de lire les “Mille romans de Bénarès”. Catherine Clément, qui a habité en Inde dans les années 1990, fait découvrir les “personnages” de la ville sacrée. Illustré d’aquarelles de l’auteur, ce roman donne à entendre les voix d’une vache sacrée, d’une veuve en sari blanc, de Gandhi, d’une élephante, d’un singe divin, d’un maître d’école tibétain…Chacun livre sa ville, son point de vue sur l’organisation de la société autour du divin. Chacun apporte une pièce au puzzle complexe et passionnant de cette ville, fille du Gange.

"Jesting pilate", publié en anglais en 1926.

Tour du monde d'un sceptique, Aldous Huxley, Petite Bibliothèque Payot, 2000, 280 pages, prix crayonné pour cause de cadeau de départ. Titre original: "Jesting pilate", publié en anglais en 1926.

L’auteur du “Meilleur des mondes” a séjourné aux Indes au début du siècle. “Tour du monde d’un sceptique” est l’itinéraire spirituel et critique d’un Aldous Huxley qui conclut sans complaisances que “voyager, c’est découvrir que tout le monde a tort”. Des Indes à la Birmanie, le voyageur livre par petits chapitres ses impressions de voyages, avec une franchise détonante.

En discutant avec des Européens qui vivent et travaillent en Orient, j’ai constaté qu’ils aiment toujours l’Orient pour la même raison. Là, disent-ils, un homme est quelqu’un: il a de l’autorité, il est considéré, il connaît tous les gens qui comptent, on le connaît. Dans son pays, ce même homme est perdu dans la masse, il ne compte pas, il n ‘est personne. La vie en Orient satisfait le plus profond, le plus puissant des instincts: celui de l’affirmation de soi. Le jeune homme qui quitte un petit faubourg de Londres pour prendre un petit emploi aux Indes devient membre d’une petite communauté gouvernante. Il a à ses ordres des serviteurs d’une docilité d’esclaves, il a des subordonnés de couleur envers lesquels il est juste et convenable de se montrer brutal. Il vit au milieu de 320 millions d’Indiens auxquels il se sont incomparablement supérieur (..) Lui-même peut être parfaitement stupide et ignorant, qu’importe, sa peau est blanche. La supériorité aux Indes est affaire d’épiderme. (…)

Mais le sentiment de puissance est illusoire. L’intoxication de l’Orient de l’Orient, elle, est permanente (…) ce n’est qu’en rentrant en Europe que l’homme se dégrise“.

Tout le monde sur le bateau nous menace d’avoir du “bon temps” aux Indes. Bon temps signifie courses, bridge, cocktails, danses et bavardages à vide. (…) Je ferai en sorte que mon temps aux Indes soit le moins “bon” possible.

Je suis toujours un peu gêné quand je me sens incapable d’admirer une chose que le reste du monde admire ou passe du moins pour admirer. Est-ce moi qui suis idiot ou est-ce le monde? (…) Ici, à Agra, je me sens affligé d’un sentiment de malaise. Le Taj Mahal est une des sept merveilles du monde. La nature fit de son mieux. Le couchant passa du rouge vif à l’orange puis au jaune et finalement au vert émeraude (…).”

“J’ai toujours eu la passion de la liberté individuelle. Un écrivain est son propre maitre, il travaille ou il veut et quand il veut. (…) Professionnellement libre, j’ai pris grand soin de ne pas m’encombrer de ses chaines qui attachent à un coin de la terre en particulier. (…) Mais parfois je dois l’avouer, (…) l’envie me prend d’une maison pleine d’affaires.”

“Je suis content de quitter les Indes. Les Indes sont plus déprimantes qu’aucun pays que j’aie jamais connu. Ce n’est pas l’air que l’on respire, c’est de la poussière et de la désespérance. Le présent n’est pas satisfaisant et l’avenir est douteux. Il y a plus d’un siècle que les Indes sont sous l’occupation des forces occidentales. (…) On admet que des millions d’hommes passent leur vie à avoir faim (…) neuf indiens sur dix ne savent ni lire ni écrire et le dixième déteste l’européen qui le lui a appris.”

Ébène, aventures africaines, Ryszard Kapuscinski, Plon, 2000, 330 pages, 23 euros.

Ébène, aventures africaines, Ryszard Kapuscinski, Plon, 2000, 330 pages, 23 euros.

Le récit du journaliste polonais Ryszard Kapuscinski mort en 2007 porte sur l’Afrique. Mais il peut se lire comme l’histoire d’une Inde cousine. “Ebène” (”ebony” en VO) est l’histoire de ce correspondant de presse qui voulait habiter en Afrique, loin des ambassades et des grands hôtels. Ce reporter, humble et courageux affronte la maladie et choisit de se faire soigner au dispensaire plutôt que dans une clinique privée qui aurait occasionné des frais à son journal ou provoqué un rapatriement définitif. Il décrit l’absurdité qu’est pour les européens le concept de temps ailleurs que chez eux. Ici, explique-t-il, le bus ne part pas tant qu’il n’est pas plein, les gens attendent, sans savoir quoi, mais ils attendent. Quand il choisit de s’installer dans un village ( je raconte de mémoire car j’ai du rendre le livre à son propriétaire, ma plus grande reconnaissance à celui qui me l’offrira), il est cambriolé plusieurs fois. On lui explique que c’est le signe qu’il est accepté dans la communauté… Toujours patient et avide de rencontre, Ryszard Kapuscinski, c’est un peu le Tintin que nous ne serons jamais. Pourquoi? Parce qu’il renonce à tout confort matériel et intellectuel, non par ambition carriériste, ni pour fuir son monde à lui, mais par soif d’inconnu. Une avidité et une curiosité qui se retrouvent également dans son dernier livre, “Autoportrait d’un reporter”, qui contrairement à ce que suggère le titre, livre le testament journalistique d’un infatigable découvreur aux talents d’écriture et d’humilités remarquables.

One night @ the call center, Chetan Bhagat, 2005

One night @ the call center, Chetan Bhagat, 2005

Pour finir, allez donc passer “Une nuit au call center”! C’est le livre de l’auteur à succès Chetan Bhagat. En Inde, des bataillons de jeunes des classes moyennes aisées travaillent dans ces centres d’appels pour répondre par téléphone aux consommateurs. Parce qu’ils travaillent avec les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, ils travaillent en “night shifts”, en roulements de nuit, à peu près de 19h à 4 heures du matin. Mais cette nuit-là, tout va déraper. Les personnages vont renverser l’ordre établi et devenir maîtres de leur destin… Affirmer leurs ambitions, déclarer leur flamme, risquer leur vie, enterrer un mariage pourtant bien arrangé…

Le livre a été adapté en film sous le titre peu efficace de ”HELLO” le mois dernier. Pour la petite histoire, dans la scène ou les deux héros s’apprêtent à commettre un acte charnel, la réplique ou l’usage d’un préservatif est évoquée a été censurée…

4 novembre 2008

En Inde, je ne comprends pas pourquoi….

-Les moustiques résistent à la prise “good night” anti-moustique à 200 roupies.

-Il y a des formats individuels pour les shampoings, la lessive, les crèmes de jour… Mais que des gros pots de yaourts familiaux!

-Les piles rechargeables sont vendues vides (c’est peut-être comme ça partout, mais c’est ici que ça m’arrive!)

-Les gamins des rues veulent me cirer les chaussures quand je suis en tongues!

-Les vendeurs disent “Yes mam?” alors que je ne leur ai rien demandé, ou m’appellent “Hello”, alors que c’est pas du tout mon prénom!

- Hier, on m’a servi un gâteau entier alors que je voulais juste une part. L’immonde pâtisserie digne d’un “Tom and Jerry” m’a évidemment été facturée. “J’ai l’air de quelqu’un qui mange autant? ” Il faut croire que oui…

- Il y a une spécialisation Radio/ Journalisme à l’université alors qu’aucun des étudiants ne se souvient avoir écouté un reportage radio. Les radios d’infos sont rares en Inde.

-La moustache est à la mode.

-Ca me gratte alors que je n’ai pas de boutons.

-Je me suis fait électrocutée avec un chargeur de batterie chez moi.

-Il y a des gardiens déguisés en policier de dessins animés devant les maisons des riches.

-Au feu rouge,on me propose des magasines tels que “Good housekeeping”.

23 octobre 2008

Dans l’intimité d’un moine tibétain.

“Voyage de classe à Dharamsala pour faire des reportages sur la communauté tibétaine en exil”. Très inspirée, je propose le jour de la dealdine des sujets de reportages à envoyer: “La journée d’un moine”. Oui, oui, la journée de ces droles de petits bonhommes rasés qui se lèvent à 5 heures et tiennent des heures en tailleur. Mais qu’est-ce qui m’a pris? Attendez, j’oublie l’étape du sujet “leçon de Momo*” rejeté par les autorités compétentes. Raison invoquée? “A food story for radio? Please find something else”.

* Les Momo sont de sympathiques raviolis d’origine tibétaine cuits à la vapeur ou frits.

Après une nuit de car, soit disant “couchette”, animée par vingt post-ados déchainés (qui ont eu la bonne idée d’apporter un tambour pour rythmer leur cris), je me lance à la recherche du moine idéal (anglophone et pas trop timide). Une heure plus tard, rendez-vous est pris devant la chambre de Kelsang, un moine tibétain né au Népal. Il a 21 ans, parle bien anglais, et accepte de me faire partager son quotidien sonore le lendemain.

Documentaire radio en anglais sur la journée d’un moine ( 6 minutes) :

Il est 4h30. Il fait bien évidemment nuit et froid. Je dois absolument enregistrer le son de la cloche de 5h qui réveille tout le monastère. Une fois l’étape “zut, les grilles de la guest house sont fermées, comment faire?” franchie, j’arrive à temps pour la précieuse cloche, avec mon enregistreur. “C’est interdit vous être là”, me lance un gros moine dans le noir. “J’ai rendez-vous avec un moine dont le nom commence par K, qui a 21 ans et qui dort dans une petite chambre”. “Bon, allez-y”.

Kelsang me fait entrer dans sa chambre, il n’est pas encore habillé. Il enfile sa jupe pourpre, la noue avec une ceinture, se couvre le haut d’une épaisse étoffe rouge foncé. A jeun, il se dirige vers la “memorising class”, ses textes sous le bras. Ce sont des textes sacrés que les moines doivent apprendre par coeur. C’est du vieux tibétain dont ils ne comprendront le sens que plus tard.

Kelsang, moine tibétain de 21 ans.

Après trois prostrations, me voilà assise à côté de mon moine. (Non, il ne se ressemblent pas tous(. Assis en tailleur derrière un petit bureau de bois jaune, une vingtaine de jeunes moines récitent à voix haute leurs textes en se balançant. La classe dure deux (longues) heures. Pour me tenir éveillée, j’essaye d’appuyer sur “RECORD” quand mon moine baille, mais je rate à chaque fois.

Je vois du rouge, des moines, j’entends des sons graves, je commence à me sentir un peu à l’étroit. La suite du programme? Petit dejeuner à 7h30, cours de philosophie, cours de tibétain, débat, déjeuner, cours d’anglais, memorising class, thé, diner (à 17h30), débat puis memorising class (6 heures par jour!!) Je me maudit d’avoir choisi ce sujet! Et dire que certains prennent le thé avec Miss Tibet!

Et puis ma chance tourne… Kelsang m’apprend qu’aujourd’hui, c’est un jour férié. Le 17 octobre dernier, le Dalai Lama a reçu une médaille des mains de G. Bush. Mais que va donc faire mon moine? Que va devenir mon reportage? Kelsang va jouer au football et se baigner dans la piscine d’eau naturelle à Baghsu, une ville des montagnes, à dix minutes à pied. Je me retrouve donc à marcher vers une piscine avec mes amis les moines. J’en apprends un peu plus sur ces jeunes exilés. Ils reçoivent 500 roupies d’argent de poche de la part du monastère. Kelsang s’en sert pour aller dans les cafés internet et acheter des pâtisseries. Il n’est jamais allé au Tibet, et ses parents sont restés au Népal. Il est à Dharamsala depuis 8 mois. Ses études vont durer…15 ans!

Pour la deuxième fois de la journée, mon moine est en caleçon! Il joue au foot avec d’autres moines. Il n’ont qu’une heure devant eux avant le couvre feu, mais ils s’amusent comme des enfants.

Kelsang joue au football

Kelsang joue au football

Pourquoi et comment je ne suis retrouvée à me baigner toute habillée dans une eau très froide avec des moines? Je devais “partager” le quotidien de mon moine, donc j’ai sauté à l’eau! Heureusement, à 4h30 du matin, j’avais mis deux pantalons et deux pulls que j’ai ensuite enlevés. Me voilà donc toute sèche après ce bain revigorant.

Même pas mal(ade)

Même pas mal(ade)

22 octobre 2008

Après 5 mois en Inde…

- je supporte un niveau sonore qui m’impressionne moi même

-Je fais ma lessive à la main et me lave avec un seau d’eau.

-Je me balade rarement avec plus de 500 roupies, soit 8 euros.

-Je trouve les toilettes “turques” plus propres que les autres.

-Je bois à la bouteille sans toucher le goulot, comme les Indiens.

-Chaque matin, dans mon quartier, je salue le cordonnier, le vendeur de thé, le jardinier, le gardien d’à côté…

-Je trouve ça rigolo d’avoir de la crasse sur la visage, on peut en faire des petites boulettes.

-J’ai amassé un grand sac de cadeaux pour mes proches.

-Je peux faire plusieurs accents: l’anglais pour la rue, l’anglais pour mes reportages radio à l’école, l’anglais pour crâner.

-J’ai appris à faire des momos et des plats bien gras.

-Je n’ai jamais été malade.

-J’ai toujours peur d’attraper la dengue, la malaria et des amibes.

-J’ai plus de 2000 photos sur mon disque dur.

-Je n’ai toujours pas été payée pour mes articles du mois de Juillet.

-Je n’ai toujours pas reçu le code de ma carte bleue indienne.

-Je connais les noms de tous mes camarades de classe.

13 octobre 2008

Chronique d’un voyage imprévu

Récit de dix jours de voyage. Delhi-Varanasi-Bodgaya-Kolkota-Darjeeling… Le tout en images.

Tout commence par des heures et des heures de train. Sur la carte, imaginez que ces “petites” distances représentent au moins une nuit de voyage, soit douze heures! Le dernier trajet (Sikkim-Delhi), c’est 36 heures de train, soit deux nuits et une journée. Il existe des couchettes (climatisées ou non) et des places “assises”. Hier soir, j’ai passé une partie de la nuit à essayer de dormir par terre entre la poubelle et les âcres odeurs d’urine. Mais très vite, un monsieur m’a laissé sa couchette (vide).

Prendre le train, c’est toute une aventure, comprendre les horaires, les réservations et les codes des chefs de gare une épopée, mais on en ressort grandi, sale et bien nourri.

Toute une économie s’organise dans les wagons. Des vendeurs de thé, de magazines périmées à moitié prix, de plateaux repas chauds, de lentilles salées et des mendiants ponctuent le trajet avec moult cris. “Chai, chai, chai”, c’est le vendeur de thé au lait sucré qui se sent obligé de crier devant chaque passager que c’est encore l’heure du thé! Armé d’une théière géante, le vendeur de thé à 5 roupies réchauffe les voyageurs…

Au cours de ce voyage, j’ai rencontré des personnages, des voyageurs. Toujours une bonne surprise. Avec les voyageurs, je me sens libre. Si nos chemins se recroisent, tant mieux, sinon, chacun suit sa route. Une bonne adresse, une lingette ou un taxi à partager, les baroudeurs de tous âges et de tous pays se croisent, le guide Lonely sous le bras. Dans les lieux touristiques, les guest-houses, les trains, c’est toujours une bonne surprise. Encore plus quand on rencontre ceux que j’appelle des “illuminés”. Ils ont des projets étranges ou des itinéraires loufoques, des discours virulents ou absurdes. Mais ces personnages secondaires enrichissent notre voyage.

Yair, étudiant israélien, voyage en Inde pour 2 mois.
Yair, étudiant israélien, voyage en Inde pour 2 mois.
Mano, un coréen de 78 ans installé à Sydney. Il voyage seul, avec son sourire et sa jeunesse.
Mano, un coréen de 78 ans installé à Sydney. Il voyage seul, avec son sourire et sa jeunesse.
Patrice, un Français venu ouvrir une pizzeria à Darjeeling! Il se lance aujourd'hui dans la charcuterie. Pour goûter sa calzone, demandez "Hot Pizza Place", à Darjeeling!
Patrice, un Français venu ouvrir une pizzeria à Darjeeling! Il se lance aujourd’hui dans la charcuterie.
Parti du Pays de Galles à 17 ans, Lyndsey a parcouru 35 pays avant de s'installer dans un village du Sikkim. Ce clown offre des ballons aux enfants et leur enseigne "le bonheur". Il parle nepalais et à Darjeeling, tout le monde le connait
Lyndsey a parcouru 35 pays avant de s’installer au Sikkim. Il parle népalais, offre des ballons aux enfants et leur enseigne un bonheur contagieux.

Dans les montagnes du Nord-Est de l’Inde, tout semble différent. On respire le grand air et le silence. On apprécie un accueil discret et chaleureux, des sourires respectueux et une joie de vivre sereine.

En ce mois de festival, les habitants de Darjeeling se parent de leur plus beaux habits. Sur le front, hommes, femmes et enfants arborent un mélange de riz et de couleur rose…

Une famille de Darjeeling
Une famille de Darjeeling
Une femme de Darjeeling
Une femme de Darjeeling

A Calcutta, nous allons rencontrer les “Missionnaires de la Charité”. Mère Teresa a passé la moitié de sa vie dans cette ville à donner de l’amour aux plus démunis. Chaque matin, des dizaines de bénévoles se retrouvent dans les centres d’accueil de Mère Teresa pour nourrir, écouter et soigner les pauvres. A 6 heures du matin, c’est l’heure de la messe pour les soeurs de Calcutta et les volontaires étrangers. Ils ne sont que 40 au mois d’octobre à partager un petit déjeuner brioché avant de commencer la journée. En été, ils sont parfois 400!

Aujourd’hui, nous allons au centre des personnes âgées, au milieu des bidonvilles. Là, c’est le choc. Une cinquantaine de grand-mères rasées attendent sur des chaises, le regard dans le vide, leurs maigres membres fatigués tendus vers les bénévoles. Sur un lit, une femme attend des soins. Son visage est couvert de bandages. Elle souffre. Sa bouche est tordue de douleur quand la Soeur lui enlève ses pansements pour désinfecter ses plaies. Sa belle-famille lui a jeté de l’eau chaude sur le visage. On se sent bien inutile devant une femme au visage sans peau. Bien maladroit à communiquer avec une grand mère en bengali.

Des Coréens, un prêtre allemand, une infirmière canadienne, des étudiantes américaines… Tous sont là pour plusieurs semaines. En une matinée, je n’ai eu que le temps de comprendre que toucher un pauvre ne rend pas pauvre, parler à un affamé non plus. Il n’est pas évident de faire un bilan de cette expérience. Étape suivante…

Le plus important pour voyager, c’est d’être bien entouré et bien équipé. Ma camarade de voyage fut parfaite en tout. Notre équipement, un peu moins. Nous avons atteint les sommets de Darjeeling après 3 heures de Jeep…en sandales et tee-shirt.

Mes sandales et des chaussettes offertes par un clown. Quoi le pantalon?
Mes sandales et des chaussettes offertes par un clown. Quoi le pantalon?

Nous avons donc acheté des pull et des gilets sur le marché. Des gilets, oui, des gilets!

Rien ne vaut un gilet en peau de bouc pour crapahuter dans les champs de thé
Rien ne vaut un gilet en peau de bouc pour crapahuter dans les champs de thé.
Plantations de thé à Darjeeling
Plantations de thé à Darjeeling

Parmi les tracas quotidiens du touriste, il y a le “What country Mam? ” Sous une forme plus ou moins joviale, l’autochtone s’enquiert de votre pays d’origine. Répondant machinalement “India”, la conversation ne fait que commencer. S’ensuit un “come please see my shop, no buying, just looking. Come Mam.” A Varanasi, dans un grand moment de faiblesse, on se laisse entrainer dans un magasin de châles dont nous n’avons ni envie ni besoin.

Noyées sous les châles de Varanasi... Avec quelques roupies en poche
Noyées sous les châles de Varanasi… Avec quelques roupies en poche.

Ma chance légendaire me fait régulièrement croiser le chemin de policiers véreux et indélicats. Dans les gares, ils ne vous demandent pas ou vous allez, mais votre âge et votre prénom. Non mais! Et puis ils vous montrent leur carte du bout des doigts. Je tremble de peur devant les forces de l’ordre et leur pouvoir de me faire rater mon train. Fausse carte ou pas, ce policier en civil m’arrache un sourire. Je lui explique avec un air niais apparemment efficace que c’est le dixième à me demander mon prénom depuis ce matin et que j’ai droit à un peu d’intimité…

Scène de bain dans le Gange aux aurores, le long des ghats de Varanasi

Scène de bain dans le Gange aux aurores, le long des ghats de Varanasi

Je rentre avec des images plein la tête, une crasse tenace sur le corps et des envie de nouveaux départs.

2 octobre 2008

Des excréments aux jardins du ministre

Il existe à Delhi un musée international des toilettes. Si j’avais su que le visiter pour un petit reportage radio me mènerait si loin dans l’exploration des conditions sanitaires en Inde…
Trois semaines plus tard, voyant que tout le monde se fout de ce sujet, je m’y suis plongée.
Ce musée fait partie de l’ONG Sulabh international. Créée il y a 40 ans par un gandhien visionnaire, Sulabh a réalisé l’impossible.
En Inde, 50% du milliard d’habitant n’a pas accès aux toilettes. Même dans une grande ville comme New Delhi, il n’est pas rare de voir des adultes déféquer en plein air. Uriner contre un mur en pleine rue fait partie du paysage. Ce manque de structures sanitaire oblige 600 000 indiens (à 80% des femmes) à ramasser les excréments humains à la main.

Ce sont les “scavengers”. Je suis allée à Alwar, dans le Rajasthan, à 170 km de Delhi pour les rencontrer. Tous les matins, elle partent, un balai et un petit récipient sous le bras pour nettoyer les latrines sèches. Dans cette ville de 400 000 âmes, 60 scavengers vivent de cette tâche héréditaire infâme. Depuis dix, quinze, parfois cinquante ans, elles gagnent moins de 500 roupies (8 euros) par mois.

Mais Alwar est surtout connue pour son “vocational center”. 50 femmes sont définitivement sorties du scavenging grâce au travail de Sulabh International. Ces Intouchables ont découvert l’anglais, la couture, les soins de beauté et surtout la fierté et l’indépendance financière. Qui aurait cru qu’un jour elles vendraient au marché des pickles, des papad et des vermicelles qu’elles ont fait à la main, elles que personne ne voulait toucher?

Glisser sur une substance visqueuse quand on est en tongue et se rattraper sur un mur pisseux, ça ne fait pas plaisir! Après avoir suivi Baby, une scavenger dans les ruelles d’Alwar, on ne peut qu’être révolté par la nature de son gagne-pain. Mais le Dr Pathak l’accueillera en décembre, ainsi que toutes les autres femmes d’Alwar, dans le centre. Alwar n’aura donc plus aucune scavenger d’ici deux mois! En parallèle, des toilettes appropriés seront construits dans chaque maison.

Aujourd’hui, 2 octobre, c’est l’anniversaire de la naissance de Gandhi. Je suis donc allée rencontrer de nouveau le Dr Pathak pour savoir comment il avait dédié sa vie à la réalisation de l’idéal gandhien d’une Inde égalitaire et débarrassée des problèmes sanitaires. Il faut imaginer un grand bonhomme qui a réussi à emmener ces femmes dans des restaurant 5 étoiles juste pour briser le tabou de l’”intouchabilité”, qui les a fait défiler à New York cet été auprès de top models international vêtues par leurs soins… 36 femmes d’Alwar qui n’avait jamais été jusqu’à Delhi, qui ont pris l’avion, qui ont été applaudies aux Nations Unies pour l’année Internationale de l’assainissement (oui, 2008!).

Reportage sur les conditions sanitaires en Inde (diffusé sur Radio Campus Paris le 6/11/2008)

A l’âge de 6 ans, le Dr Pathak a voulu toucher un Intouchable, “juste pour voir”, rit-il aujourd’hui. Né dans une famille de brahmanes, il a créé le scandale! Il est contraint par sa grand-mère à avaler une mixture de bouse de vache et d’eau du Gange pour se purifier. Depuis, il n’a jamais abandonné son combat pour réhabiliter les Intouchables. “Pourquoi sont ils Intouchables, qu’ont-ils fait pour mériter cela?” s’interroge ce docteur en sociologie qui a habité dans une communauté de scavangers pendant trois mois pour mieux comprendre leur organisation et trouver des solutions adaptées.
Sans violence, il a frappé à chacune des portes d’Alwar, a bu du thé, discuté puis a expliqué aux habitants que leurs toilettes n’étaient pas hygiéniques, que les fortes odeurs étaient néfastes… Il est parvenu à les convaincre d’adopter les toilettes qu’il a lui-même conçus.
Infatigable, Le Dr Pathak est hindou mais se définit comme “chrétien, juif, musulman, bouddhiste”. Il lit tous les textes religieux et prône une tolérance absolue dans son travail (plutôt sa passion) et dans les relations humaines.
Il me propose ensuite d’aller rencontrer la ministre indienne des Affaires Sociales, Meira Kumar, fille d’un leader de la cause Dalit en Inde. Si Sulabh International ne reçoit pas de subventions du gouvernement, le ministre encourage et soutient le travail fourni par le Dr Pathak et Sulabh International.

Le ministre des Affaires Sociales entourré des anciennes scavengers, New Delhi, 2/10/2008

Le ministre des Affaires Sociales entouré des anciennes scavengers, New Delhi, 2/10/2008

Fièrement vêtues de leur sari turquoise, ces femmes sont connues dans tout Alwar. Elles ont parlé, debout, micro à la main de leur expérience new-yorkaise devant le ministre. “Je ne pouvais pas reconnaitre les femmes mariées, ni acheter de sari et j’avais l’impression que les immeubles allaient s’écrouler sur moi”, explique malicieusement l’une d’entre elle, portant le sindoor, la poudre rouge sur le front qui distingue les femmes mariées. Leur souhait le plus cher? “Je voudrais que plus personne ne soit obligé de laver les excréments”. Il reste encore des scavengers en Inde, mais selon le Dr Pathak, “rien n’est impossible”.

Pour lire le reportage publié sur aujourdhuilinde.com, cliquez ici.

29 septembre 2008

Aperçus keralais

Que se passe-t-il quand on est invité au mariage d’une jeune indienne dans le Kerala? Récit d’une semaine de cuisine, de saris, de senteurs de coco beurrée et d’éléphants.

Le Kerala, c’est tout au Sud, vous voyez Kochi (Cochin), c’est là! Mais une fois arrivée, je suis encore à trois heures de route du petit paradis dans lequel vivent Sangeeta, mon amie et future mariée et sa famille. Au milieu des cocotiers et d’une humide fraicheur se dressent de jolies maisons colorées. Roses, violettes ou blanches. Chaque hôte est prêt à vous faire visiter sa maison, à vous montrer son temple, à vous faire gouter ses noix de coco bruyamment tombées de l’arbre.

1. Au rayon gastronomie, la famille de Sangeeta est pure veg (c’est-à-dire végétarienne, donc ni viande ni poisson). Les repas, c’est assis par terre, en famille mais pas tous en même temps. Il y a toujours une ou deux personnes qui nous servent. Nous mangeons avec les mains (j’ai pas dit avec les doigts), en mélangeant tout dans le creux de la main. Trois fois par jour, nous dégustons des idili (des petits gâteaux de riz cuits) arrosés de coco chutney, agrémentés de légumes frais marinés dans du yaourt et relevés par des bananes croquantes. En dessert, du paal payasam, un riz au lait sucré, le tout accompagné de thé indien au lait sucré. Nous mangeons dans de grandes feuilles de bananes que nous plions quand la faim disparait. La blague consiste à faire resservir discrètement mon amie Manie, qui peine ensuite à terminer sa troisième ration de riz!

2. On prends des photos, beaucoup de photos. Celui qui n’apparait pas sur les clichés ne pourra pas dire qu’il était là! La veille du mariage, toutes les femmes portent le sari keralais. Blanc avec une bordure dorée, il se compose de deux parties, une pour la jupe, pliée comme tous les saris, et une pour draper sur l’épaule. La tradition au Kerala veut que les femmes ne portent que des bijoux en or. J’ai essayé d’expliquer le concept de l’or blanc pour justifier ma pauvre parure, mais ça n’a pas marché… Et les femmes étaient à deux doigts de me percer les oreilles! Je m’en suis sortie avec une banale allergie à la colle de mon bindi.

3. On se nourrit de noix de coco sous toutes ses formes, en jus, en gelée, fraiche (avec la consistance d’une méduse), râpée, en huile capillaire… Tout est bon dans la noix de coco. Le matin, l’un des hommes de la maison s’attache une corde entre les chevilles et grimpe dans l’un de nombreux cocotiers qui entoure la maison pour faire tomber le fruit sous le regard bienveillant de la cuisinière.

4. A quelques kilomètres de rickshaw noir et jaune se trouve un sanctuaire d’éléphants. Je m’attendais à voir des carcasses géantes de l’animal sacré. De fait, c’est un parc ou chaque bête s’affaire au milieu d’un tas de feuilles de palmier. Bien qu’ils soient attachés, les majestueux pachydermes sont fascinants à observer. Certains se font laver le corps à l’aide d’une noix de coco tranchante. Le bruit de l’écorce sur leur peau rugueuse et poilue est un régal! Ne me demandez pas pourquoi je suis assise sur la patte de cet éléphant, on m’a proposé, c’est tout!

5. Avant de venir, Sangeeta me demande si je serai dans mes “mauvais jours” pour son mariage. Si tel eut été le cas, je n’aurais pas pu participer à la cérémonie! Le jour dit, nous nous levons à quatre heures pour rejoindre la maison d’un membre de la famille du futur mari, à trois heures de route. Dans une salle des fêtes du village, les mariés se retrouvent, sans échanger un regard. Chacun est entouré par sa famille et se livre à des rituels de bénédictions impénétrables pour moi. La pièce est enfumée par l’encens et le bois brulé, les mariés transpirent sous les flashs des photographes. Une heure plus tard, le mariage arrangé depuis six mois par les deux familles est conclu.

6. La “voiture officielle” du couple est décorée de fleurs et des noms des époux. Après la cérémonie, Sangeeta part s’installer à Bangalore, chez sa nouvelle famille. A 26 ans, elle n’avait aucune envie de se marier, et encore moins à cet homme qu’elle n’avait rencontré qu’une fois.

Le Témoignage de Sangeeta, à la veille de son mariage.

Contrairement à ce qui m’avait été annoncé, ce mariage ne fut en aucun cas festif. Ni musique, ni danse. Mais écoutez quand même un chant keralais, pendant que les femmes fabriquent des ficelles à partir de tissus qui seront ensuite bénies pendant le mariage.

20 septembre 2008

Race to nightclubs in Delhi

You want to enjoy night life in Delhi ? You’d better be an expat, white or very rich. According to the Times of India, in 2007, a photographer from Nagaland was refused entry in Urban Pind, a trendy nightclub in Greater Kailash-I, South Delhi, because she did not have the ‘the right profile’.
She decided to sue the manager for discrimination. She was the first North-East Indian to do so. Though the club hardly got fined, an important issue has come into the eyes of the public. Even on Facebook, a popular social network site, there are 1,000 members in the ‘Boycott Urban Pind’ group.
One year later, nothing has changed. The Urban Pind managment is still judging consumers from the colour of their skin to allow them to enter. Meanwhile, white people are overrespected because they get associated with money and power.
Lately, the club has created a weekly ‘expat night’ on the terrace, where white people can buy an open bar bracelet and enjoy unlimited drinks all night long for Rs 750.
For the few lucky Indians who manage to get in the club on these nights, the treatment is thoroughly different. They will stay on the first and second floor, with no open bar and only among Indian people.
According to the manager of Urban Pind, Tahir Hussain, “expats like to enjoy themselves together in open air”.
Last Thursday, Marie Naudascher, from Jamia Millia Islamia could witness a blatant case of discrimination. She had a talk with an Indian lady who got denied entrance and her white-skin Iranian friend who got in easily.

Click on this link to listen to it:
Boomp3.com

19 septembre 2008

Les expats à New Delhi, rois de la nuit?

Les boîtes de nuits de New Delhi accueillent à bras ouverts les expatriés occidentaux, même en tongs et en short. Pour les Indiens, par contre, mieux vaut être bien habillé, accompagné de filles – blanches si possible -, et connaître le patron. Car pour les autres, c’est porte close ! Mais depuis peu, les noctambules indiens réagissent.

Écoutez le témoignage de deux étudiants français adeptes des “expat nights:



L’Urban Pind, une boîte à la mode du sud de New Delhi, organise chaque semaine une expat night avec open bar pour 800 roupies (soit 12 euros), jusqu’à une heure du matin. Chez Kuki, une autre boîte de nuit, c’est open bar gratuit pour les filles expats… et les cinquante premières Indiennes qui arrivent à entrer ! Ces offres alléchantes attirent aussi des Indiens, mais pour eux, l’accueil est différent. Très différent.

Le favoritisme des gérants d’établissements vis-à-vis des expats, ces étrangers à la peau blanche travaillant en Inde, est démesuré. “J’ai vu un groupe de dix expats en shorts et tongs entrer dans une boîte dix minutes avant la fermeture”, témoigne Annan, un étudiant de 22 ans.

À l’entrée de l’Urban Pind, on adoube les “peaux claires” d’un double tampon sur le poignet. C’est le sésame pour boire à volonté et accéder à la terrasse avec ventilateurs et musique house/électro. Mais pourquoi priver les Indiens de terrasse et d’accès à l’open bar ? “Parce que les étrangers ont besoin de s’amuser entre eux et en plein air”, se défend le manager de l’Urban, Tahir Hussain. “Les Indiens ne savent pas boire, ils se conduisent mal avec les filles, tandis que les étrangers, eux, savent s’y prendre”. Il suffit de s’approcher du bar de la terrasse autour duquel s’agglutinent des expats assoiffés armés de “bracelets open bar” oranges, verts ou roses pour voir qu’eux aussi peuvent boire sans modération…

Dans ce même établissement, en juin 2007, une photographe originaire de Nagaland (Nord-Est de l’Inde) s’est vue répondre qu’elle n’avait pas “le bon profil” pour entrer. Humiliée, elle a aussitôt engagé des poursuites contre l’établissement. Les médias indiens en ont beaucoup parlé. Mais aujourd’hui, les responsables feignent d’ignorer l’incident.

“La constitution indienne interdit la discrimination fondée sur la race, la caste, le sexe et le lieu de naissance d’un individu”, explique Maître Enatoli Sema, l’avocat qui a défendu la photographe de Nagaland, “mais la discrimination dans les bars et les clubs n’obéit à aucune règle, donc attaquer en justice est souvent délicat”. Finalement, l’Urban Pind n’a pas eu à payer d’amende. Mais les Indiens n’acceptent plus les cas de discrimination raciale.

Sur Facebook, le groupe Boycott Urban Pind rassemble un millier de personnes révoltées par les pratiques de cet établissement. “J’ai rejoint ce groupe parce que nous, les Indiens du Nord-Est, avons souvent l’impression d’être des citoyens de seconde catégorie, explique Chubala, 24 ans. Et c’est encore plus flagrant à l’entrée des boîtes de nuits“.

Alors quand on a des amis indiens, mieux vaut les prendre sous son aile. Vikrant, 19 ans, chanteur d’opéra, travaille avec des Français à New Delhi. Pour sortir en boîte avec eux, il a sa technique : “J’arbore une chemise, un grand sourire et je dis Bonjour en français à l’entrée, en suivant mes amis à la peau blanche”. Pour lui, ça marche à tous les coups parce qu’il parle Français, mais pour d’autres hommes, il faut attendre qu’un groupe de filles – si possible blanches – les fassent entrer…
Article publié sur aujourdhuilinde.com le 18/09/2008